La promiscuité avec certains passagers du métro aux heures de pointe est si extrême quelques fois qu'elle en devient grisante. Coincée entre la bedaine des quinquagénaires apparemment ravis d'être si proche de la chair fraiche que vous représentez à leurs yeux, vous scrutez au dessus des épaules des autres âmes qui ont envahis la rame, l'air d'avoir le regard dans le vide, la magnifique créature que Dieu a déposé là, à quelque mètres de vous. Et vous vous demandez de quelle faute vous avez été récemment l'auteur pour mériter pareille punition. Qui a-t-il de pire que d'être prise au piège entre le gras des vieux poivrots, quand là, pas loin de vous se tient le plus appétissant des phénomènes jamais observé? Frustrant. Si vous aviez été un peu plus rapide en montant, c'est près de ce corps d'Apollon que vous pourriez vous tenir en ce moment même, sur la pointe des pieds, vous accrochant comme vous pouvez à la barre qui surplombe vos têtes. Vous rêveriez que le métro accélère brusquement pour vous retrouver projetée dans les bras du bel inconnu. Dur retour à la réalité quand, de façon complètement impromptue vous sentez comme une odeur d'alcool réchauffée chatouiller vos narines. Vous voyez les lèvres du cyroseux collé à vous s'agiter sans comprendre un traitre mot de ce qu'il peut bien vouloir essayer d'articuler. 1)Vos écouteurs sont vissés à vos oreilles, 2)La diction de la bouteille de whiskey ambulante est à revoir, 3)Vous ne faites de toutes façons aucun effort puisque vous ne répondrez pas. Vous pourriez tout à fait être sourde, après tout.
Le péché pour lequel vous venez de punir n'était pas si grand, la fin du cauchemar se fait de plus en plus proche. Décélération de l'engin, ouverture des portes...Voilà votre station. Et apparemment c'est aussi celle de votre nouveau coup de foudre. Il ne vous reste qu'à prier chaque soir en regardant les étoiles pour le recroiser ici. Et que les Dieux soient avec vous, la prochaine fois.